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De Norman Borlaug au Programme Alimentaire mondial : deux prix Nobel de la paix particulièrement mérités

C’était en 1970, c’est à dire il y a exactement un demi-siècle. Norman Borlaug, décédé en 2009,  recevait le Prix Nobel de la paix pour ses recherches qui l’avaient amené à être considéré comme le père de la Révolution Verte. Aujourd’hui, cette révolution est décriée par ceux qui estiment que cette révolution avait conduit à un usage immodéré de l’eau et des engrais.

Ce que l’histoire retient, et ce qui lui a valu le Prix Nobel de la paix, c’est pourtant le fait que ses recherches, conduisant à concentrer l’énergie de la plante sur les grains de blé et non pas  sur la tige, ont permis, notamment aux habitants de l’Inde et de l’Asie du Sud, de bénéficier d’apports en calories très supérieurs à ce qu’ils étaient précédemment. Grâce à ces travaux, la situation alimentaire mondiale a cessé de se détériorer, et il n’est pas exagéré d’affirmer que la fin des grandes famines, endémiques depuis des millénaires dans la péninsule indienne, est sûrement liée aux travaux de Norman Borlaug.

Cinquante ans après, c’est au tour du Programme Alimentaire Mondial (PAM) d’être consacré. Récompense méritée, pour le rôle très bénéfique que joue cette institution de l’ONU dans le combat contre la faim. Deux raisons expliquent  et justifient cette distinction :

 - D’une part, le PAM a conduit des travaux qui permettent de mieux connaître, presque  au jour le jour et partout dans le monde, les situations alimentaires les plus préoccupantes. D’abord parce que la notion de famine, distincte de celle de la faim, est maintenant définie de façon précise, ce qui permet de hiérarchiser les priorités en fonction des situations réelles et non pas du poids politique de tel ou tel dirigeant ; ensuite parce que les populations les plus  vulnérables,   presque toutes situées dans des zones de conflits (le Yémen, les deux Soudan, la Syrie ...), sont  surveillées quotidiennement, particulièrement au moment de la « soudure »,  c’est à dire lorsque les greniers sont vides et que la prochaine récolte n’est pas encore là. C’est ainsi qu’à chaque printemps, au Soudan du Sud, le PAM stocke des vivres à titre préventif sur le terrain dans toutes les régions du pays, pour le cas où ...

 

- D’autre part, grâce à sa bonne gestion, le PAM, depuis sa création en 1963,   a réussi à obtenir de la communauté internationale des moyens permanents, certes peu importants (moins de 200 millions de dollars), mais qui lui permettent d’agir instantanément, alors que ses autres moyens financiers (de l’ordre de 6 à 7 milliards  de dollars par an) ne sont obtenus qu’au cas par cas, au risque de n’être utilisables que lorsque la faim a déjà décimé les populations concernées. Il faut noter aussi que le PAM et ses 15 000 employés entretiennent avec les ONG humanitaires locales des relations confiantes et permanentes, dans les 80 pays où ils sont présents, ce qui leur permet de mieux connaître le terrain et de mieux cibler les populations réellement en danger.  

 

Il reste qu’on ne peut se satisfaire du fait que les grandes famines naturelles  millénaires, incarnées par l’un des cavaliers de l’Apocalypse, ont disparu, puisque plus de 600 millions de personnes, selon les derniers chiffres de la FAO, souffrent encore de sous-nutrition. Notons que les deux tiers de ces 600 millions de personnes vivent dans des zones de conflit, ce qui rend d’autant plus difficiles les interventions du PAM : des belligérants bloquent souvent leurs convois, les empêchant de distribuer les vivres disponibles, et il faut souvent avoir recours à des avions ou à des hélicoptères pour y arriver.

 

Les organisations internationales sont souvent décriées, souvent à juste titre. Le PAM est un contre exemple qui permet de penser que le multilatéralisme, rejeté aujourd’hui par de nombreux dirigeants de la planète, et non des moindres, reste un des moyens les plus efficaces pour tenter de bâtir, jour après jour, un monde meilleur.

 

Pierre le Roy, auteur de « La famine vaincue ? », Éditions France Agricole, 2019 et créateur de l’indice du bonheur mondial de GLOBECO.