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Énergie, CO 2 et climat : quelques lueurs d’espoir ?

warming-2370285 960 720Même si les écologistes exagèrent souvent, le réchauffement climatique est une réalité, et il s’avère que ce réchauffement  est lié aux émissions de Gaz à Effet de Serre  (GES) et donc, principalement, aux émissions de CO 2.  Concernant ces dernières, l’énergie, sous ses différentes formes, joue un rôle prépondérant, puisqu’elle est à l’origine de 80 % d’entre elles.

Pour étudier l’évolution du climat, il importe de savoir comment la consommation mondiale d’énergie évolue, et notamment de préciser la place des énergies fossiles, grosses productrices  de CO 2, dans la consommation mondiale. Tous les chiffres utiles dans ce domaine sont publiés annuellement par l’Association Internationale pour l’Énergie (AIE), qui réunit les pays de l’OCDE, et plus particulièrement sous forme de « key world energy statistics » qui font autorité. Que révèlent ces statistiques sur l’évolution de la consommation énergétique mondiale depuis l’an 2000 ?  Cette évolution permet-elle de percevoir une lueur d’espoir à l’horizon ? Il semble bien que oui : voilà qui doit être explicité.

 

Un premier constat, plutôt négatif, s’impose : la consommation mondiale d’énergie primaire continue à progresser à un rythme soutenu, et il en est de même pour les énergies fossiles, responsables de la quasi-totalité des émissions de CO 2 dues à l’énergie. Le tableau suivant le montre : (Tous les chiffres cités dans cet article sont issus des « key world energy statistics de l’AIE)

Évolution de la consommation mondiale d’énergie primaire (En millions de « tonnes d’équivalent pétrole » -TEP)

 

2000

2005

2010

2015

         

Total

9 995

11 434

12 717

13 647

Fossiles

8 011

  9 255

10 310

11 122

Charbon

2311

  2892

  3476

  3871

Ces chiffres montrent que la consommation mondiale d’énergie primaire continue à augmenter ; il en est de même pour les énergies fossiles et même pour le charbon dont le déclin ne cesse d’être annoncé. Cette impression négative se confirme lorsqu’on constate, à l’aide de ces chiffres, que les énergies fossiles et le charbon ont toujours une part prépondérante, et même croissante, dans la consommation totale : les énergies fossiles représentaient 80,15 % de la consommation totale en 2000 ; c’est 81,50 aujourd’hui. Et le charbon, qui représentait 23,12 % de la consommation totale en 2000, représente 28,36 % aujourd’hui.

Il faut aller plus loin pour apercevoir néanmoins une lueur d’espoir, que fournit le tableau suivant qui donne le pourcentage de croissance  de la consommation totale, des énergies fossiles et du charbon de 5 ans en 5 ans depuis l’an 2000.

                        

Croissance

 

2000 - 2005

2005 – 2010

2010 - 2015

       

Total

14,40 %

11,22 %

  7,31 %

Fossiles

15,53 %

11,40 %

  7,88 %

Charbon

25,14 %

20,19 %

11,36 %

L’évolution constatée apparaît  cette fois sous un jour plus positif : la consommation mondiale, celle des énergies fossiles et du charbon continuent  à augmenter, mais leur croissance ralentit nettement, diminuant globalement de moitié. Cette décélération de la croissance de la consommation est également perceptible en valeur absolue. Pour la consommation globale, par exemple, l’augmentation passe de 2439 millions de TEP entre 2000 et 2005 à 930 millions de TEP entre 2010 et 2015. Si cette évolution se confirme, on peut espérer que la consommation totale d’énergie,  d’énergies fossiles et de charbon  se stabilisera dans le monde au plus tard en 2025, avant de diminuer. Grâce aux économies d’énergie et à une meilleure intensité énergétique, la poursuite de la croissance économique sera alors possible sans augmentation de la consommation globale d’énergie primaire.

Les résultats obtenus jusqu’à présent résultent de politiques d’économie d’énergie et d’efficacité énergétique pour la consommation totale, et de politiques favorables à la croissance de la consommation d’énergies non productrices de C0 2, c’est à dire essentiellement  de l’énergie nucléaire, de l’hydroélectricité et des nouvelles énergies renouvelables (NER : solaire, éolien, géothermie, biogaz, biocarburants ...)). Dans ce domaine aussi, la perception est dans un premier temps négative, puisque la consommation totale de ces énergies, qui représentait 9,61 de la consommation totale en 2000, n’en représente plus que 8,84 % en 2015. Par contre, concernant les NER, le jugement est nettement plus positif, puisque leur consommation, qui représentait 0,60 % de la consommation globale en 2000 et 0,51 % en 2005, en est aujourd’hui à 1,48 %, soit un triplement  au cours des 10 dernières années. L’augmentation de la consommation des NER est encore plus impressionnante en pourcentage : c’est 97 % de plus entre 2005 et 2010 et 77 % de plus entre 2010 et 2015. Tout indique que cette augmentation se confirmera, ce qui permet d’espérer que la consommation mondiale de NER atteindra 5 % de la consommation globale d’énergie primaire entre 2025 et 2030.

Notons, pour que la compréhension soit totale, que le poste « biomasse et déchets », qui  comprend en particulier le chauffage domestique à bois dans les pays pauvres, notamment d’Afrique Subsaharienne, se maintient depuis l’an 2000 autour de 10 % de la consommation totale d’énergie primaire.

 

Les lueurs d’espoir existent donc pour l’avenir, même si elles sont encore ténues. Les résultats obtenus arriveront-ils à limiter les émissions de CO 2 à un niveau permettant de dompter le réchauffement climatique, et, si oui, à quelle date, ou du moins à quel horizon ?  Il est évidemment difficile de répondre à cette question qui divise les meilleurs experts. Contentons-nous d’observer que la croissance des émissions de C0 2 commence elle-même à décélérer, comme le montrent les chiffres du tableau suivant :

Évolution des émissions mondiales de C0 2

 

2000

2005

2010

2015

         

(1)

23 144

27 045

30 434

32 294

(2)

 

+ 3 901

+ 3 389

+ 1860

(3)

 

+ 16,86 %

+ 12, 53 %

+ 6,11 %

  

  1. : émissions mondiales, en millions de tonnes
  2. : Croissance en valeur absolue en millions de tonnes, de 5 ans en 5 ans
  3. : Croissance en % de 5 ans en 5 ans

 

Il n’est pas question de surestimer la valeur de ces chiffres, d’autant plus que notre analyse est fondée uniquement sur les émissions de CO 2, et non sur les émissions de GES. Il faut dire aussi que la croissance mondiale du PIB, de 2010 à 2015, n’a été que de 11 %, alors qu’elle a été de 14 % de 2000 à 2005 et de 2005 à 2010. 

 

Il semble néanmoins que les efforts des gouvernants, des collectivités publiques, des entreprises et des particuliers concernant la limitation de la consommation d’énergie, et notamment d’énergies fossiles et de charbon, accompagnés d’une promotion des nouvelles énergies renouvelables,  ne soient pas aussi vains que nous le disent les prophètes de malheur, et que l’avenir ne soit peut-être pas aussi sombre qu’ils nous le prédisent.

Pierre le Roy, GLOBECO (septembre 2018)