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LA POPULATION MONDIALE EN 2050

 7 milliards d’humains aujourd’hui, 9 à 10 demain … ou … beaucoup moins ?

 

Alors que nous franchissons le cap des 7 milliards d’humains, la division « population » de l’ONU a publié ses dernières perspectives concernant l’évolution de la population mondiale.

L’enseignement principal de cette étude est simple : le taux de fécondité des femmes, dans les décennies qui viennent, devrait se stabiliser autour de deux enfants, par un double mouvement : d’une part, dans les pays développés, à basse fécondité, le taux de fécondité devrait remonter, pour se stabiliser à 2 et, d’autre part, dans les pays en développement, à fécondité élevée, le taux de fécondité devrait diminuer, pour se stabiliser, lui aussi, à 2 enfants.

On se croirait à Lourdes, d’autant plus que cette prévision ne concerne pas seulement 2050, mais aussi 2100, puisque le taux de fécondité mondial devrait, selon nos experts, se situer à 2 enfants jusqu’à la fin de ce siècle.

Cette probabilité est-elle fondée ? Il semble bien que non, tellement les évolutions constatées dans le passé semblent la contredire. D’une part, dans les pays à fécondité faible (Pays de l’OCDE et de l’ex URSS), le taux de fécondité est passé entre 1970 et 2010 (chiffres du PNUD, c'est-à-dire des Nations Unies) soit en 40 ans, de 2,4 à 1,6 et, dans les pays à fécondité historiquement élevée, c'est-à-dire dans le reste du monde, ce même taux est passé de 6 à 2,6. En moyenne mondiale, sur la même période, on est passé de 4,5 à 2,3. Cela signifie qu’au cours des 40 dernières années, le taux de fécondité des femmes a diminué partout, à une vitesse très rapide. Mondialement, entre 1970 et 2010, la baisse est de près de 50%. Pourquoi ce mouvement pourrait-il s’atténuer au cours des 40 prochaines années, en passant de 2,3 à 2,1, selon la prévision de nos experts, c'est-à-dire en connaissant une diminution qui ne serait que de l’ordre de 10 % contre 50 % au cours des 40 années précédentes ? Pourquoi la diminution du taux de fécondité devrait-elle être cinq fois moins importante au cours des 40 prochaines années qu’elle ne l’a été au cours des 40 dernières années ? Certes, il est possible que le taux de fécondité remonte dans un pays comme la Chine, par suite de l’abandon prévisible de la politique de l’enfant unique … Certes, des politiques familiales plus dynamiques dans les pays à faible fécondité peuvent faire remonter à la marge le taux de fécondité, mais les pays qui ont mis sur pieds des politiques de ce genre (Russie, Espagne) ne constatent que des frémissements à la hausse, dont la pérennité n’est d’ailleurs pas assurée. En outre, comment croire que la diminution du taux de fécondité va ralentir à l’avenir dans les pays à fécondité élevée ? Ce taux diminue parce que les familles vivent de plus en plus en ville, avec des logements exigus et des temps de transport insupportables, et qu’il est donc difficile d’élever de nombreux enfants, et plus encore parce que les filles vont de plus en plus à l’école. Or, ce double mouvement s’accentue plutôt que l’inverse : au cours de 10 dernières années, par exemple, le taux de scolarisation des filles en Afrique subsaharienne est passé de 49 à 67 %. Enfin, le modèle social ambiant, véhiculé notamment par la télévision, est le modèle DINKS : double income, no kids, c'est-à-dire : double revenu, un seul enfant. Dans ces conditions, comment peut-on raisonnablement prétendre que le taux de fécondité va remonter au cours des prochaines années dans les pays à basse fécondité, et que sa diminution va ralentir à ce point dans les pays à fécondité élevée ?


C’est la raison pour laquelle nous pensons que la population mondiale en 2050 sera sans doute inférieure à l’hypothèse médiane des Nations Unies (9,3 milliards d’habitants). Nous pensons aussi que la population mondiale devrait baisser encore plus fortement au cours de la seconde moitié de ce siècle, pour aller vers 6 ou 7 milliards d’habitants en 2100. Cela signifie qu’il ne serait sans doute pas superflu de commencer à se demander si un monde de 6, de 7 ou de 8 milliards d’habitants serait plus ou moins vivable qu’un monde de 9 ou de 10 milliards d’habitants. Les régimes de retraite par répartition en prendraient un coup, peut-être fatal, mais la planète irait sans doute plus facilement vers un développement plus durable et plus harmonieux. Malheureusement, le débat n’est pas ouvert, car nos experts préfèrent les miracles : tout le monde à 2,1 jusqu’à la fin de ce siècle, et on n’en parle plus. Excès de prudence ou refus d’imaginer un avenir inédit et donc dérangeant ?