Twitter

Spinoza

Ni rire, ni maudire, ni pleurer, comprendre
(Spinoza)

A- A A+

Taux de mortalité : l’étrange évolution des pays d’Europe Centrale et Orientale (PEC0)

Organisation Mondiale de la Santé

Les statistiques publiées chaque année par la Banque Mondiale ne laissent aucun doute : en moyenne mondiale, les taux annuels de mortalité n’ont jamais cessé de baisser, passant, entre 1966 et 2016, de 13 à 8 décès par an pour 1000 habitants.

 

Cela est vrai pour la quasi-totalité des régions et des pays du monde, et même pour l’Afrique subsaharienne, qui cumule pourtant une bonne partie des misères du monde. Au cours des 50 dernières années, le taux annuel de mortalité pour 1000 habitants y est passé en moyenne de 22 à 9, sans discontinuité d’année en année pour l’ensemble de la région, bien que cette baisse ait été moins importante entre 1990 et 2000.

 

Dans cette région, quelques pays ont cependant connu, à certaines périodes, une augmentation de leur taux de mortalité. Il s’agit d’abord de pays en conflit, symbolisés par 2 exemples caractéristiques ; leur évolution est décrite dans le tableau suivant :

 

Évolution du taux de mortalité (Pour 1000 habitants) 

 

1966

1976

1986

1996

2006

2016

 

 

 

 

 

 

 

Rwanda

21

20

16

27

11

  6

Sierra Leone

32

25

24

27

18

13

 

Ces évolutions sont explicables :

  - Concernant le Rwanda, le conflit qu’a connu ce pays est évidemment à l’origine de l’augmentation du taux de mortalité entre 1986 et 1996 ; cette évolution existe également au Burundi, mais de façon beaucoup moins perceptible.

 - Concernant la Sierra Leone, l’explication est la même, et la même remarque peut être faite pour le Liberia, où le taux de mortalité a augmenté, mais de façon très légère, entre 1986 et 1996.

 

Notons à l’inverse que d’autres pays conflictuels ont connu contre toute attente une baisse continue de leur taux de mortalité : il s’agit de l’Afghanistan, du Soudan et même du Yémen... Ce n’est pas le cas de la Syrie dont la mortalité a augmenté depuis  le début de la guerre civile qui ravage ce pays. 

 

D’autres pays d’Afrique Subsaharienne ont connu, notamment entre 1990 et 2005, un pic de mortalité ; il s’agit de 5 pays, dont l’évolution est retracée dans le tableau suivant :

        

    Évolution du taux de mortalité pour 1000 personnes

 

Évolution      

Période

Taux actuel

 

 

 

 

Afrique du Sud

  De   8 à 14

1992 - 2006

10

Botswana

  De   7 à 14 

1988 - 2012

  7

Lesotho

  De 10 à 17

1982 - 2003

13

Swaziland

  De   9 à 15

1992 - 2004

10

Zimbabwe

  De   9 à 17 

1986 - 2002

  8

 

Ces évolutions sont elles-mêmes explicables : d’abord par le fait que la croissance a été très faible dans cette région entre 1980 et 2000 ; ensuite, par des difficultés particulières qui ont touché ces pays : pour l’Afrique du Sud, par exemple, la période concernée (1992 – 2006)  coïncide avec les années qui ont suivi la fin de l’apartheid.

 

Deux autres pays méritent un commentaire : l’Éthiopie et la Somalie ont également connu une augmentation de leur taux de mortalité en raison des famines qui ont touché ces pays, entre 1975 et 1980 pour l’Éthiopie et entre 1985 et 1990 pour la Somalie.

 Notons toutefois que tous ces pays, à l’exception de la Syrie qui connaît toujours un violent conflit, ont redressé la barre : leur taux de mortalité n’a pas cessé de baisser depuis 2005 – 2010, pour atteindre aujourd’hui des niveaux souvent proches de la moyenne mondiale, voire inférieurs.  

 

De façon très surprenante, une autre région, celle des PECO, constitue une exception notable par rapport à l’évolution mondiale, comme le prouve le tableau suivant, dont les chiffres sont issus eux aussi des statistiques de la Banque Mondiale. Nous privilégions dans ce tableau quatre grands PECO, en précisant que tous les autres pays de cette région, ainsi que les pays baltes, ont connu la même évolution :

 

   Évolution du taux de mortalité (pour 1000 personnes)

 

1966

1976

1986

1996

2006

2016

 

 

 

 

 

 

 

Russie

8

10

10

14

15

13

Ukraine

8

10

11

15

16

15

Pologne

7

  9

10

10

10

10

Roumanie

8

  9

11

13

12

13

  Plusieurs remarques peuvent être faites :

 - D’abord, tous ces pays partent d’une situation favorable, avec un taux de mortalité inférieur  à la moyenne mondiale (13 en 1966) et, en un demi-siècle, ils se retrouvent avec des taux de mortalité nettement supérieurs à la moyenne mondiale (8 en 2016) ce qui constitue un échec patent.

 - Ensuite, tous ces pays ont vu leur situation  stagner ou se détériorer à partir de 1966, soit près de 25 ans avant la fin de l’URSS.

 - Par ailleurs,  notamment en Russie et en Ukraine, les taux de mortalité ont fortement augmenté entre 1986 et 1996, ce qui confirme  que la période ayant suivi la fin de l’URSS a été particulièrement difficile pour les pays concernés.

 - Enfin, il a fallu attendre 2006 pour que la situation commence à s’améliorer en Russie et en Ukraine, ce qui n’est pas encore le cas en Pologne ni en Roumanie.

 

Le contraste est violent et surprenant entre l’Afrique Subsaharienne et les PECO :

 - Voici l’Afrique Subsaharienne,  symbole de la misère du monde, dont les taux de mortalité ont constamment baissé depuis un demi-siècle (passant en moyenne de 22 à 9), sauf dans quelques pays ayant connu des conflits violents, des famines ou des situations politiques difficiles.

 - Voilà les PECO,  dont la situation, jusqu’à un passé récent, n’a cessé de se détériorer, passant en moyenne de 9 à 12 entre 1966 et 2016 ;  Il faut en outre remarquer que ces pays ont un taux de natalité très faible et qu’ils refusent l’immigration. Il n’est donc pas étonnant que l’ONU, dans ses « World Population Trends », prévoie pour ces pays une diminution importante de leur population au cours des prochaines décennies : entre 2015 et 2050, cette diminution devrait être de l’ordre de 30 millions d’habitants (260 millions en 2050 contre 290 en 2015).

 

S’agissant des taux de mortalité, le communisme serait-il encore pire que la pauvreté, que les crises politiques ou économiques et que les conflits ? On peut le penser car d’autres exemples viennent hélas étayer cette thèse :

 - C’est celui de la Chine, dont le taux de mortalité a culminé à 25 pour 1000 entre 1959 et 1961, c’est à dire pendant le « grand bond en avant » de Mao, avec ses épurations et ses famines.

 - C’est celui de Cuba, qui était à moins de 6 en 1978 et qui est aujourd’hui à plus de 8 ; notons aussi que la situation du  Venezuela, se détériore depuis 1999, c’est à dire depuis l’accession de Chavez au pouvoir.

 - Même l’Allemagne, depuis l’intégration de l’Allemagne de l’Est, a vu son taux de mortalité augmenter ...  

 - Mais cela n’est rien : la palme de l’horreur, sans aucune contestation possible, revient au Cambodge : le taux de mortalité y est passé en quelques années de 19 à 54, en particulier sous le rêgne de Pol Pot et des Khmers rouges, qui ont réussi à exterminer au moins 20 % de la population du pays.

 

Il est tentant d’incriminer le pouvoir communiste. Il faut pourtant remarquer qu’un pays comme le Japon, qui n’a rien de communiste, est lui-même passé de 6 à 10 depuis 1980 ; c’est également un pays à natalité faible et qui refuse l’immigration. Concernant l’évolution défavorable des  taux de mortalité depuis un demi-siècle dans certains pays ou certaines régions, le communisme n’est pas seul en cause, mais il est le principal responsable !

 

Pierre le Roy, GLOBECO (novembre 2018)

Tweeter : @topglobeco